Les apports des Arabes dans le développement de l’astronomie
La science de l’astronomie se définit comme l’étude scientifique des astres célestes : c’estàdire l’examen des corps et des matériaux situés audelà de l’atmosphère terrestre tels que « les étoiles, les planètes, les comètes et les galaxies », ainsi que l’analyse de leurs propriétés physiques et chimiques.
L’astronomie est l’un des rares domaines scientifiques dans lesquels les amateurs ont joué un rôle de premier plan ; certains, par leur simple observation personnelle, ont observé ou découvert des phénomènes transitifs.
Les méthodes de recherche et les techniques d’observation ont évolué, ouvrant de vastes horizons de la Terre vers l’espace. Et puisque l’astronomie s’appuie sur d’autres sciences et se conjugue avec elles, il était nécessaire pour le chercheur dans ce domaine de maîtriser les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie, l’électronique, l’informatique et d’autres sciences utiles à ses recherches.
Jusqu’au XXᵉ siècle, l’astronomie restait une science unifiée, puis on la scinda en « astronomie d’observation » et « astronomie théorique ». La première étudie les observatoires — terrestres ou envoyés dans l’espace —, dans laquelle on collecte des données et des images, et on analyse via différents types de télescopes : « télescope infrarouge, télescope à rayons gamma, télescope à rayons X ». Des résultats de ces études naît l’astronomie théorique, qui se consacre à l’élaboration de théories, au développement de modèles des processus physiques opérant dans les étoiles, les galaxies et les autres corps célestes. Ainsi on peut interpréter les phénomènes astronomiques, comprendre leur relation avec la Terre et ses habitants, et leur influence sur eux. En étudiant la naissance, la vie et la mort des étoiles, on peut envisager ce qui pourrait advenir à notre Soleil à l’avenir.
Principaux domaines de l’astronomie moderne :
- Mesure des positions stellaires : mesurer avec précision la position des étoiles dans le ciel permet d’observer ensuite leurs mouvements.
- Mécanique céleste : ce domaine concerne l’étude du mouvement des planètes et des lunes dans notre système solaire, et selon la loi de la gravitation, on peut prévoir ces mouvements des dizaines d’années avant qu’ils se produisent — par exemple le calcul et la détermination de l’heure d’une éclipse de Lune.
- Physique astronomique : c’est l’étude de la nature des planètes et de la physique des étoiles, et l’étude de l’espace interstellaire.
- Physique cosmique : c’est l’étude de l’univers et de ses composants dans leur ensemble, ainsi que des scénarios possibles de son avenir.
Les efforts des savants arabes en astronomie :
À l’époque préislamique, l’intérêt pour l’astronomie se limitait à l’instinct et à la divination, à leur besoin d’utiliser les étoiles comme repères dans leurs vastes déserts, et ils mêlaient cela à l’astrologie, avec les superstitions et la sorcellerie qu’il comportait.
Après que l’État islamique eut consolidé ses assises, les savants s’intéressèrent à l’astronomie. Ils collectèrent et traduisirent ce qui existait chez les Grecs, les Perses, les Indiens, les Chinois, les Chaldéens et les Syriens. Le premier livre traduit fut « Mafâtîḥ anNujûm » (Les clés des étoiles) attribué à Hermès Trismégiste, du grec à l’arabe à la fin de l’ère omeyyade, et l’ouvrage de Ptolémée « AlMajisṭî » (« L’Almageste ») traduit aussi du grec à l’arabe à l’époque abbasside est considéré comme l’un des livres les plus importants de cette science.
À la civilisation arabeislamique revient le mérite, en matière d’astronomie, de préserver le savoir des nations qui l’avaient précédée, et de corriger ce qui y était erroné. De plus, les savants musulmans eurent le mérite de distinguer l’astronomie (« science de certitude ») de l’astrologie (« science de conjecture »). L’astrologie est un système qui postule qu’il existe un lien entre les affaires humaines et les positions des corps célestes, et elle partage avec l’astronomie l’usage du calendrier céleste, mais nombre l’ont dévoyée vers la charlatanerie et la superstition.
Après la phase de traduction et de correction commença la phase de l’innovation et de la création : certains savants de l’État islamique bâtirent leurs propres observatoires, depuis lesquels ils suivaient les planètes et les étoiles, et notaient leurs observations avec précision scientifique, ce qui les fit devenir ensuite des références pour les savants d’Europe et de l’Occident, lesquels s’appuyèrent à la Renaissance et après sur les recherches astronomiques menées dans les observatoires araboislamiques, avec une précision très proche de celle des découvertes modernes.
Parmi les observatoires araboislamiques les plus fameuses :
- L’observatoire du mont Qâsiyûn à Damas, que le calife alMa’mûn ordonna de construire.
- L’observatoire de Bâb ashShammâsiyya dans une banlieue de Bagdad, lui aussi fondé sous le califat de alMa’mûn.
- L’observatoire d’Ibn ashShâtir en Syrie (le Shâm).
- L’observatoire de Dînwârî à Ispahan.
- L’observatoire d’Ulugh Beg à Samarcande.
- L’observatoire fondé par les fils de Mûsâ ibn Shâkir à Bagdad, où ils calculèrent la « plus grande latitude ».
- L’observatoire de Naṣîr adDîn aṭṬûsî à Marâgha (en Perse), l’un des plus célèbres et des plus grands, reconnu pour la précision de ses instruments et l’excellence de ses astronomes.
Et il existe plus de cent cinquante noms et termes donnés par les savants arabes à de nombreuses étoiles et planètes, qui sont encore connus aujourd’hui sous leurs anciens noms arabes, parmi lesquels :
العنقاء : Anka
بيت الجوزاء : Betelgeuse
الدّبران : Aldebaran
المقنطرة : AlMucantar
السموت : Azimuth
الطائر : Altair
فم الحوت : Fomalhaut
الذنب : Deneb
Les savants arabes et leurs efforts en astronomie :
On considère que Abd arRaḥmān ibn ‘Umar ibn Muḥammad ibn Sahl aṣṢûfî arRâzî († 376 H / 986 m) est le troisième des grands savants qui écrivirent sur les étoiles fixes. Sa place se situe entre celle de Ptolémée et d’Argelander. Dans son livre « Les étoiles fixes », il ne se contenta pas de suivre Ptolémée dans « L’Almageste », mais observa luimême les étoiles une à une avec une exactitude reconnue plus tard. Il calcula leurs magnitudes et positions, il illustrât ses travaux de dessins colorés représentant les constellations et corps célestes sous l’apparence d’hommes et d’animaux — ce qu’il avait mentionné dans son ouvrage —, et les nomma de noms arabes encore en usage : du type « Poissons », « Scorpion », « Grande Ourse », « Petite Ourse ».
Quant à Ibn alHaytham († 432 H / 1041 m), auteur de « Maqâla fî ‘ilm alhay’a » (Traité sur l’astronomie) considéré comme la version originelle de la théorie de l’Autrichien Peuerbach, dont son élève Regiomontanus, puis Copernic, s’inspirèrent. On lui attribue le titre de « second Ptolémée » en raison de ses contributions en astronomique théorique : il rédigea dixsept traités sur les tailles et distances des corps célestes, sur leur observation, sur la hauteur du pôle et le relevé stellaire… Il inventa la première caméra de l’histoire qu’il appela « la chambre obscure à orifice », utilisée par les astronomes arabes dans leurs observatoires, ce qui les aida à déterminer les proportions, les tailles des planètes et des étoiles, et à découvrir de nouveaux astres grâce à leur suivi rigoureux et à leur intérêt pour cette science.
Quant à Abû Rayḥân alBîrûnî († 440 H / 1048 m), il maîtrisait, outre l’arabe, le persan, le grec, le sanskrit et le syriaque, ce qui lui permit d’accéder aux sources astronomiques dans leurs langues originales et non seulement à travers leurs traductions. Parmi ses ouvrages majeurs en astronomie figure celui qu’il composa pour le sultan Ma‘sûd ibn Mahmûd ibn Sebektegîn, intitulé « AlQânûn alMas‘ûdî ». L’importance de ce livre réside dans l’effort de l’auteur pour mentionner ce qu’avaient accompli les astronomes des civilisations antérieures et contemporaines à lui — non seulement en se fiant à leurs travaux, mais en les vérifiant lui-même, que ce soit par de nouveaux calculs ou par des observations répétées. Il fut le premier à instaurer la méthode expérimentale en astronomie. Il mena des recherches empiriques liées à des phénomènes célestes, et découvrit que la Voie lactée est une agrégation d’étoiles nébuleuses, et il révéla qu’il existe une attraction entre les corps et sphères célestes, critiquant Aristote qui avait soutenu que ces corps n’avaient ni « légèreté » ni « gravité ».
Et Muḥammad ibn Jâbir ibn Sinân alBattânî († 929 H) composa des tables pour les orbites du Soleil et de la Lune. Il affirma que ce que Ptolémée avait avancé quant à l’inclinaison excentrique du Soleil est variable, et non constant ; il calcula le moment de la première apparition du croissant après la nouvelle lune, mesura la durée de l’année solaire et de l’année astronomique, et prédit le moment d’une éclipse.
Les astronomes arabes inventèrent des instruments et des équipements inconnus avant eux, employés dans leurs observatoires : la Rûbʿ almujîb, le rûbʿ almaqannṭar (le quart méridien), l’instrument à deux branches, celui de l’azimut et de l’élévation, la ḥalqa i‘tidâliyya, le mazâwil de mesure du temps. Ils perfectionnèrent l’astrolabe grec selon leurs découvertes astronomiques, créant l’astrolabe sphérique et l’astrolabe naval.
Ils maîtrisèrent aussi la confection des tables numériques (alazyaǧ) car cellesci sont parmi les plus importantes nécessités de l’observation astronomique. Grâce à elles on peut déterminer la position des planètes, leur hauteur ou profondeur, leur inclinaison et leurs mouvements dans leurs orbes.
En 1006 m, l’astronome égyptien ʿAlî ibn Riḍwân observa l’une des supernovae les plus lumineuses de l’histoire, et décrivit avec précision cet astre temporaire : il déclara qu’il était deux à trois fois plus grand que le disque de Vénus, et que sa brillance équivalait au quart de celle de la Lune.
Ainsi, nous voyons que les Arabes ont eu un rôle significatif dans le développement et la correction des fondements de l’astronomie.