L’éducation de l’âme

Il existe un lien évident et incontestable entre la bienséance dans le comportement avec autrui et la noblesse du caractère. En effet, c’est de l’excellence morale que procède toute attitude empreinte de respect, de retenue et de noblesse ; c’est elle qui fonde les règles du bon comportement envers les créatures. 

La bienséance (adab) consiste en la réunion de toutes les qualités vertueuses dans l’âme du croyant. 

Ibn al-Qayyim رحمه الله dit à ce sujet : 

« La réalité de l’adab, c’est l’emploi du comportement vertueux. C’est pourquoi on peut dire que l’adab consiste à faire émerger les perfections enfouies dans la nature humaine, du monde des intentions à celui des actes. » 

L’adab s’acquiert par l’expérience et l’entraînement, et le Prophète a dit : 

« Je n’ai été envoyé que pour parfaire les nobles caractères. » (Ahmad) 

Le Messager d’Allah , à qui fut donné la parole concise et pleine de sens, a levé le voile sur le fondement de la bienséance, qui n’est autre que la bonté du caractère, et sa mise en œuvre dans la vie quotidienne. Il dit : 

« Aucun de vous ne croit véritablement tant qu’il n’aime pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » (Al-Bukhârî) 

Azdashîr Ibn Bâbak disait : 

« Ce qu’il y a de vertueux dans l’adab, c’est qu’il est loué en toutes langues, orne celui qui le possède en tout lieu, et que sa mémoire reste vive à travers le temps. » 

Et Ibn al-Qayyim رحمه الله ajoutait : 

« La bienséance de l’homme est le signe de son bonheur et de sa réussite. Et le manque d’adab est le signe de son malheur et de sa perte. Il n’est rien qui attire autant les biens de ce monde et de l’au-delà que la bienséance, et rien qui ne fasse perdre ces biens comme l’absence de celle-ci. » 

  1. La bienséance dans le rapport à autrui 

Il suffit, pour mesurer l’importance des codes de conduite qu’Allah a enseignés aux croyants, de méditer quelques versets du Livre d’Allah où Il nous éduque à travers Ses Paroles pleines de sagesse : 

{Lorsque vous êtes salués d’un salut, saluez d’un salut meilleur, ou rendez-le. Certes, Allah tient compte de toute chose.} (An-Nisâ’, v.86)
{Ô enfants d’Adam ! Revêtez vos parures à chaque prière. Mangez et buvez, mais ne commettez pas d’excès, car Allah n’aime pas les outranciers.} (Al-A‘râf, v.31)
{Ô vous qui avez cru ! Qu’un groupe ne se moque pas d’un autre — peut-être sont-ils meilleurs qu’eux —, que des femmes ne se moquent pas d’autres femmes — peut-être sont-elles meilleures qu’elles. Ne vous dénigrez pas les uns les autres. Ne vous donnez pas de surnoms injurieux. Quel vil qualificatif que celui de pervers après la foi ! Et quiconque ne se repent pas, ceux-là sont les injustes.
Ô vous qui avez cru ! Évitez de trop conjecturer. Certaines conjectures sont des péchés. Ne vous espionnez pas les uns les autres. Ne médit pas les uns des autres. L’un d’entre vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? Cela vous répugnerait ! Craignez Allah, car Allah est Pleinement Accueillant au repentir, Très Miséricordieux.} (Al-Hujurât, v.11–12) 

{Ô vous qui avez cru ! Lorsque vous tenez des conversations privées, ne tenez pas des conversations fondées sur le péché, l’injustice ou la désobéissance au Messager. Tenez plutôt des conversations fondées sur la piété et la crainte d’Allah. Et craignez Allah, vers qui vous serez ramenés.} (Al-Mujâdalah, v.9) 

{Ô vous qui avez cru ! Quand on vous dit : « Faites de la place dans les assemblées », alors faites de la place, Allah vous fera de la place. Et quand on vous dit : « Levez-vous », alors levez-vous. Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui ont cru et ceux à qui le savoir a été donné. Allah est parfaitement connaisseur de ce que vous faites.} (Al-Mujâdalah, v.11) 

Et il en existe bien d’autres. 

  1. L’adab, pilier de l’intelligence 

Al-Asmâ‘î rapporte qu’un bédouin dit un jour à son fils : 

« Mon enfant, l’intelligence sans adab est comme un arbre stérile. Mais avec l’adab, c’est une colonne qui soutient l’intellect, une parure dont Allah embellit ceux qui manquent de nobles ascendants. Même celui qui est naturellement doué ne peut se passer de l’adab, car il en fait éclore sa beauté intérieure. De même que la terre, fût-elle fertile, ne peut se passer de l’eau pour donner son fruit. » 

Et un sage a dit : 

« L’intelligence sans adab est comme un arbre sans fruit. Avec l’adab, elle devient comme un arbre chargé de fruits. » 

Un poète a dit : 

ما خلق الله مثل العقول
Dieu n’a rien créé de comparable à l’intelligence, 

ولا اكتسب الناس مثل الأدب
Et l’homme n’a rien acquis de plus précieux que l’adab. 

وما كرم المرْء إلا التقى
Nul ne s’ennoblit si ce n’est par la piété, 

ولا حسب المرْء إلا النسب
Et la seule vraie lignée est celle de l’âme. 

وفي العلم زينٌ لأهل الحجا
La science est un ornement pour les esprits lucides, 

وآفةُ ذي الحلم طيش الغضب
Et le fléau du sage, c’est l’emportement de la colère. 

  1. L’éducation morale : deux dimensions 

L’éducation de l’âme (ou la discipline morale) s’impose sur deux plans : 

  1. Celui de l’enfant à éduquer par son père dès son plus jeune âge. 
  1. Celui de l’adulte qui doit se corriger et se discipliner lui-même à l’âge mûr. 

Concernant la première, il revient au père de faire grandir son enfant dans les principes de la bienséance afin qu’il s’y habitue dès l’enfance, car ce à quoi l’enfant est exposé très tôt s’enracine profondément en lui. Celui qui ne reçoit pas cette éducation dans sa jeunesse aura du mal à la recevoir à l’âge adulte. 

Le Prophète a dit : 

« Le meilleur don qu’un père puisse faire à son enfant, c’est une bonne éducation. » (Al-Hâkim) 

Un sage a conseillé : 

« Hâtez-vous d’éduquer les enfants avant que les préoccupations ne vous dispersent. »
Et Namîr ibn Aws rapporta qu’on disait :
« Le bon comportement vient d’Allah, mais l’adab vient des parents. » 

Un poète dit : 

إن الغصون إذا قومتها اعتدلت
Les rameaux se redressent tant qu’ils sont jeunes, 

ولا يلين إذا قومته الخشب
Mais une fois durci, le bois ne se redresse plus. 

قد ينفع الأدب الأحداث في صغرٍ
L’adab profite aux jeunes dans leur enfance, 

وليس ينفع عند الشيبة الأدب
Mais ne les corrige plus quand la barbe a blanchi. 

  1. Les deux formes d’adab à l’âge adulte 

Al-Mâwardî رحمه الله distingue deux formes d’adab chez l’adulte : 

  • L’adab conventionnel et social, appris par imitation des usages reconnus par les gens de raison et de culture. Ces conventions n’ont pas toujours une justification rationnelle, mais leur transgression est perçue comme un écart de bienséance, à moins qu’un motif clair n’excuse cet écart. 
  • L’adab de réforme intérieure, qui est le plus noble, car il repose sur des principes invariables dictés par la raison.
    Le point de départ de cette discipline est que l’individu ne tombe pas dans l’illusion d’une bonne opinion de lui-même, au point de ne plus voir ses propres défauts.
    Car l’âme est, par nature, encline aux passions, réfractaire à la sagesse. Allah dit : 

{En vérité, l’âme est très incitatrice au mal.} (Yûsuf, v.53) 

Et il a été dit : 

« Le pire ennemi de l’homme, c’est son âme logée entre ses deux flancs. » 

Aussi, se faire de fausses illusions sur soi-même mène à se soumettre à son âme, et cette soumission mène à sa tyrannie, puis à la corruption du caractère.
Mais s’il prend conscience de ses tendances à l’orgueil, à la ruse et au report, il pourra la dominer et lui faire obéir à la vérité. 

Le calife ‘Umar ibn al-Khattâb رضي الله عنه disait : 

« L’impuissant est celui qui est incapable de dominer son âme. »
Et Al-Ahnaf ibn Qays disait :
« Celui qui est injuste envers lui-même le sera davantage envers autrui. Et celui qui détruit sa religion, anéantit sa propre noblesse. » 

Qu’Allah — exalté soit-Il — purifie nos âmes, nous inspire la droiture, et nous accorde la noblesse du caractère et la bienséance.
آمين